Un préavis de grève a été déposé.
Par FRANÇOIS DEVINAT
Le jeudi 11 février 1999
Moquée après son ouverture pour ses salles désertes, la Bibliothèque nationale de France est-elle victime de son succès? Un préavis de grève du personnel a été déposé pour vendredi à la suite de l'agression de deux femmes, agents de sécurité, blessées par une foule prenant quasiment d'assaut les salles de lecture du haut-de-jardin.
L'agression, révélée récemment, remonte au dimanche 24 janvier. Ce jour-là, à midi, heure d'ouverture de la BNF, une foule de deux cents personnes a foncé vers les ascenseurs du hall est, qui desservent la salle de droit, dans le haut-de-jardin, accessible au public. Deux jeunes femmes en faction ont été bousculées et violemment jetées à terre. L'une d'entre elle a eu la clavicule cassée et les muscles du cou déchirés. Enceinte de 4 mois, elle a perdu l'enfant qu'elle portait dans une fausse couche. Elle fait partie de la cinquantaine d'agents chargés de la sécurité à la BNF, employés par la SEEI, société privée de gardiennage.
L'intersyndicale de la Bibliothèque (CGT exceptée) a appelé à la grève vendredi, par solidarité avec les victimes. Elle proteste contre les conditions d'accueil des lecteurs, d'autant plus difficiles que le système informatique de gestion du flux continue de connaître des défaillances. Selon Jean-Yves Gacon, directeur de l'administration et du personnel, «on assiste depuis quelques semaines à une fréquentation croissante du haut-de-jardin les week-ends, avec la préparation des partiels en faculté, qui sature vite les salles de lecture, en droit et en histoire notamment». Cet afflux, doublé d'une grogne collective parfois virulente provoquée par de jeunes lecteurs turbulents, «pose au personnel des problèmes auxquels ils ne sont pas habitués».
Les mesures de sécurité ont été renforcées depuis le 24 janvier, ce qui n'empêche pas l'atmosphère de rester électrique entre un public excédé par les délais d'attente et les agents d'accueil. Climat conflictuel qui pose «un problème de fond d'organisation des salles de lecture», reconnaît Jean-Yves Gacon.
L'an passé, la BNF a accueilli plus d'1,5 million de visiteurs, (soit 5 632 lecteurs par jour) dont 645 500 lecteurs pour les salles du haut-de-jardin fréquentées par 75 % d'étudiants. Des chiffres dopés par la fermeture temporaire de la bibliothèque de Beaubourg, en travaux.
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