La Serbie et la France

un article paru dans Law-France Digest # 82 du 3 mai 1999
par Roger Wiesenbach

Nouveauté

La Serbie ouvre les yeux - copie,  Libération  2000.11.04 
J'ai vu défiler beaucoup de victimes, des soldats traumatisés et même quelques probables criminels de guerre atteint de troubles graves, mais jamais un seul de ces intellectuels qui prêchèrent pendant des années le nationalisme et la guerre»

La Serbie et la France, droit et justice

Voici la Serbie, vieille amie de la France, dont le système judiciaire puise ses racines dans le Code Civil français et l'ABGB autrichien, son nationalisme réveillé par Napoléon avec sa création des Provinces Illyriennes (1809-1814) appartenant à son système continental. Avec l'érosion de l'empire Ottoman, la Serbie a perçu un destin à régner sur les autres régions balkaniques à cause de son autonomie gagnée précocement en 1830.

En tant que Yougoslavie, en dehors du bloc sovietique, ce pays a connu une période la plus ouverte et la plus prospère des pays de l'Est. Les contacts internationaux ont été fructueux en échanges académiques et de tourisme dans les deux sens.

Mais en fait, aujourd'hui la Serbie est devenu une entreprise criminelle : une plaque-tournante pour l'importation d'héroïne en Europe, et un nid pour les contrebandiers à cause de l'embargo. Nous avons appris ces derniers mois que même la police commet des vols, des viols et des meurtres de manière sadique. Les dirigeants de cette entreprise reçoivent la bénédiction des patriarches des Eglises serbe et russe ainsi que l'acclamation dans les rues de ses bons citoyens.

La censure pratiqué par le régime n'est pas une excuse pour plaider l'innocence, compte tenu de la facilité de réception des émissions étrangères et du contact personnel avec des proches stationnés dans 'les champs de la mort'. Les intellectuels ont un devoir de s'informer, et ils sont capable de diffuser rapidement et largement la vérité, si leur concitoyens sont ouvert à la vérité.

Ce comportement vis à vis des Albanais n'est pas une nouveauté, voir notamment les actions serbes de 1878 et 1912-13, sans parler de la dernière décennie. Les academiques et intellectuels serbes autour de l'Académie des sciences et des arts de Belgrade ont joué un rôle prépondérant à partir des années 1980 sur la sensibilisation en faveur de l'hégémonie serbe et au mépris les droits des Kosovars. Dernièrement, le quotidien Libération (26.4.99) rapporte que l'RTS (radio-TV serbe) est "après la police et le parti, le troisième pilier du pouvoir de Milosevic" - mais la destruction de ses studios reste très controversée, même parmi ceux qui acceptent les frappes militaires. L'imprévisible Vuk Draskovic, écrivain puis vice-Premier ministre et virulent partisan du nationalisme serbe, a dernièrement fait fracture à la pensée unique, provoquant peut-être une tendance vers l'indépendance de pensée.

Les opinions des juristes serbes sont pour nous pertinentes :
FAQ et messages (en anglais) : http://jurist.law.pitt.edu/converse.htm
Faculté du Droit, Université de Belgrade : http://www.ius.bg.yu/

La France a vécu de tels événements qui doivent être gravés dans la mémoire collective. En tant que victime ; l'exode, la pénurie, l'effondrement des institutions publiques, les maquis, etc., et en tant que bourreau : police en rafles, gardiens de camps, juristes désaxés, etc. Au début du siècle, des régions ont connu la destruction parfois sadique de ses cultures et langues, et n'oublier pas la Vendée des années 1790 ainsi que les bavures de commissariat d'aujourd'hui.

La question du Kosovo a montré un clivage profond dans le monde des intellectuels français. André Glucksmann, ancien aide de camp de Sartre, mène campagne pour l'intervention militaire de l'OTAN
http://www.liberation.fr/quotidien/debats/avril99/990409g.html
Rappeler que son mentor agonisait toute la période de Vichy sur ce qu'il fallait faire en accord avec sa philosophie, et qui avec les autres intellectuels et artistes ont donné caution à l'occupation allemande par leur vie aisée.

A noter la position prise par le quotidien Libération qui assure une bonne présentation des raisons pour l'action de l'OTAN. Son fondateur et soixante-huitard, Serge July, constate dans un éditorial que "... les Européens n'ont pas été entraînés dans la guerre par l'impérialisme américain. Ils en sont à l'initiative. [...] Cette prise de conscience peut être un tournant dans l'édification de l'Europe." (La France et l'Angleterre sont le deux pays qui poussent pour une intervention terrestre.)
http://www.liberation.fr/quotidien/debats/avril99/990416c.html

Une grande partie de l'opposition à l'OTAN rappelle le pacifisme de type rouge-brun de Céline, au nom de l'Humanité mais en fait basé sur la haine envers un certain groupe et au service d'un système qui est la négation des valeurs humaines. Ce soutien français est très réconfortant pour un Milosevic, pour le rassurer de sa rectitude et pour convaincre son peuple de la justice de sa cause. "The usual suspects" sont maintenant : le parti PCF, le MdC du Chevenement (ministre de l'Intérieur), les deux "Fronts Nationaux" et le mensuel Le Monde Diplomatique, voir
http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/kosovo/
Ne cherchez pas dans ce site Web ou dans ce journal des articles ou des appels en faveur des Kosovars. Et où sont les artistes pour des concerts à l'aide des réfugiés et pour visiter les camps ?

Les opposants de l'action de l'OTAN prétendent qu'elle est en violation avec le droit international, un argument peu tenable, voir la présentation du Ministère des Affaires Etrangères :
http://www.diplomatie.fr/actual/dossiers/kossovo/kossovo13.html
Un docte article par Bruno Simma, Ludwig-Maximilians-Universität, Munich, constate que l'action de l'OTAN n'est pas légitime selon le droit international (de quelle source?), mais qu'une doctrine peut naître basée sur un droit coutumier.
http://www.ejil.org/journal/Vol10/No1/com.html

Un récent sondage indique que 70% des Français soutiennent l'intervention militaire. Le président M. Chirac souhaite une caution plus légitime mais accepte qu'elle soit sans aval obligatoire du Conseil de Sécurité de l'ONU, irréaliste à cause d'un veto russe et/ou chinois. L'utilisation de l'ONU ne donne plus confiance, par exemple, aux Rwandais qui ont vu les forces d'intervention de l'ONU les abandonner aux meurtriers, ne sauvant que les blancs.

Les pays de l'OTAN ne peuvent pas s'engager dans un conflit terrestre dans les montagnes contre un ennemi bien caché qui utilise des civiles comme boucliers humains. Il faut recruter soigneusement des Kosovars (même des hors-la-loi) et les équiper avec des armes et/ou détecteurs aptes à trouver des blindés serbes afin de les mettre hors d'usage, réduisant les Serbes aux 'armes égales'.

Le manque d'outils à la pointe de la technologie est tristement évident : armes «non mortelles», armes bridées qui fonctionnent seulement dans une certaine région pour un certain temps, donc évitant la vente aux criminels. Un modeste début a été fait avec les avions renifleurs sans pilote pour aider les avions casseurs de char. Le développement et la fourniture de ces outils 'intelligents' est aussi bien de la compétence des pays d'Europe que des Etats-Unis, à des fins non seulement militaires mais aussi civiles. La maîtrise de ces technologies permet de défendre avec fidélité les valeurs humaines.

Les erreurs de l'ingérence militaire qui frappent les innocents rappellent le cas des bombardements en France pendant l'occupation qui ont produit des pertes civiles. Le résultat était que la Résistance s'est mobilisée pour faire du sabotage et fournir des renseignements pour des frappes plus précises.

La réponse tardive et insuffisante aux vagues de réfugiés doit être un avertissement aux Français. Rappelant l'exode et les années de pénurie et d'insécurité, il faut apprendre de se débrouiller de manière civique, sans exploiter la vulnérabilité des autres. Les réfugiés Kosovars ont été maintenu dépendant des organisations caritatives sous l'arbitraire des autorités limitrophes. Heureusement, les Kosovars et leur parentés commencent à maîtriser leurs propres besoins.

Les autorités française ont pris une position singulière contre l'acceptation 'massive' des réfugiés, citant le danger d'une diaspora permanente, comme est le cas des Palestiniens. Néanmoins, le PM Jospin a annoncé un numéro vert pour ceux qui veulent héberger des Kosovars. Plus que 500.000 personnes ont essayé d'appeler ce numéro, environ 8000 fiches ont été établies, 2000 Kosovars sont arrivés jusqu'au 1.5.99. Ni l'Internet, ni le Minitel n'ont été considérés pour cette tâche. Ces autorités insistent pour que les nouveaux venus passent par une quarantaine de plusieurs semaines, ce qui limite les moyens de réception.

Conclusions: La Serbie ne pourra jamais accepter l'inévitable perte du Kosovo. Le mot 'inat' exprime un aspect central du caractère serbe : à nourrir une rancune et poursuivre avec acharnement la vengeance malgré le coût. Le résultat peut être une campagne de terrorisme sans fin et non-susceptible aux négociations ou sanctions, et les terroristes (une vocation de renommée dans ce pays) vont bénéficier des réseaux de trafiquants bien établis. Comment peut-on préserver les droits de l'homme et en même temps surveiller efficacement cette ethnie ? La France a renforcé l'opération Vigipirate afin de contrer de tels incidents.

Un autre sentiment fort est d'exalter la 'victimisation', leur symbole d'une cible de tir est une ingénieuse expression de celui-ci. Ni l'un ni l'autre de ces sentiments ne peuvent servir pour la reconstruction de la Serbie, ayant perdu ses partenaires productifs de la fédération. La Serbie peut bénéficier du conseil d'une France convalescente. Il faut apprendre l'introspection et le respect d'autres cultures.

Il faut aussi prévoir des Serbie en chaîne dans les décennies à venir, massacrant premièrement ceux qui tombent entre leurs mains et finalement procurant des armes de destruction massive. Si on accepte que l'Histoire n'a pas pris fin, il faut s'attendre à ce qu'un jour la France soit encore une fois prise en otage. Ses valeurs sociales et juridiques, peuvent-elles sauver la patrie ?

Reste à conduire les auteurs devant le Tribunal pénal international ou la nouvelle Cour pénale internationale. En supposant que la plupart des justiciables soit accessible, jusqu'à quel niveau doit on descendre dans les rangs ? Rappelons que récemment de simples gardiens KZ de la période hitlérienne ont été poursuivis. Et qu'en est-il des réparations?
La CPI : http://www.geneva-online.ch/33DrHomme/Justice/index.htm

Les conflits armés sont typiquement le résultat d'une erreur de calcul : l'agresseur pense qu'il a les moyens de vaincre, que l'adversaire et ses défenseurs n'ont pas la volonté de répondre efficacement. Donc, il faut rendre crédible les rapides conséquences, assurer la certitude qu'aucune astuce ne peut permettre à l'agresseur de profiter de ses actes. Ce qui s'applique aux criminels de guerre vaut aussi pour ses petits frères de droit commun.

Compte tenu de l'indifférence des Serbes moyens aux atrocités, il faut clarifier les valeurs et le comportement acceptables (les forces de l'ordre doivent donner l'exemple) afin d'éviter de tels événements dans l'avenir. Autrement les vulnérables vont se sentir obliger de concilier avec les tyrans, un principe aussi bien valable pour les banlieues de Paris qu'au plan international.

Un avenir béni peut sortir de cette tragédie, les pays balkans (autre que Serbie?) peuvent rétablir une communauté économique sur la base d'une langue commune serbo-croate, l'Etat d'Albanie inclu grâce à l'intermédiaire de ses confrères Kosovar. L'Albanie, après avoir été la société la plus fermée, la plus stalinienne, a montré une grande aptitude pour des langues (avec des paraboles de satellite partout). Les Kosovars, remarqué par des militaires français pour leur dignité, solidarité et résilience peuvent, malgré l'assassinat de ses enseignants, la destruction de ses pièces d'identité et la destruction d'infrastructure, saisir l'opportunité de développer des profitables liens économiques avec ses pays d'accueil. L'Internet peut contribuer au maintien d'une cohésion ethnique et familiale malgré la diaspora.

RW

Sites Web
http://www.lemonde.fr/actu/international/exyougo/kosovo/index.html
http://www.liberation.com/kosovo/index.html
http://www.premier-ministre.gouv.fr/FAIT/MARS99/KOSOVO.HTM
Summary of French views from the BBC
http://news.bbc.co.uk/hi/english/world/europe/newsid_327000/327457.stm
Le Courrier des Balkans, articles de la presse indépendante des Balkans
http://www.bok.net/balkans/
Liens et e-livres du point de vue Kosovar
http://kosova.vukovar.com/
L'OTAN
http://www.nato.int/home-fr.htm
Le Courrier des Balkans, des articles traduits en français.
http://www.bok.net/balkans/
Institute for War & Peace Reporting, independent Balkan specialists
http://www.iwpr.net/mainpage.htm
Ministère de l'Information serbe
http://www.serbia-info.com/
La Croix rouge française appelle aux dons
http://www.croix-rouge.fr/
L'UNICEF à l'aide aux Kosovars
http://www.unicef.org/
Project on International Courts and Tribunals, conflict resolution
http://www.pict-pcti.org
The Cambodian Genocide Data Bases
http://www.yale.edu/cgp/
 


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