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NEW YORK
de notre correspondante
encadrée : M. Mégret voudrait taxer les travailleurs étrangers
Bien sûr, il reste le vin, les fromages, et le parfum, l'arme nucléaire et un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais lorsque le président du pays qui a inventé le Minitel avoue n'avoir jamais vu une souris d'ordinateur, lorsqu'un tiers des Français déclarent sympatiser avec au moins quelques unes des idées du Front national, alors le moment est venu de s'inquiéter. C'est le constat dressé, mardi 11 février, par le New York Times dans un article d'une page entière, qui débute en première page sous le titre « La déconfiture de l'image et de l'esprit de la France » .
Cette enquête sur le désarroi économique, social et politique d'un pays réputé pour ses rêves de grandeur se veut aussi le bilan de crise d'un modèle de société, jugée à l'aune des critères de la réussite américaine, au moment où les Etats-Unis affichent d'impressionnants indicateurs de bonne santé économique.
« Alors que d'autres pays se sont mis à l'heure de l'esprit d'entreprise et da la mondialisation, la France voit son économie et son identité même menacées par l'innovation » , écrit Roger Cohen, grand reporter basé à Paris pour le quotidien américain, notant que l'ambiance ainsi créée « fournit un terreau parfait pour les marchands de xénophobie comme le Front national. La France d'aujourd'hui est minée par le doute et l'introspection. L'innovation technologique, les tournants stratégiques, l'Internet et la mondialisation du marché ont rendu l'optimisme aux Américains, comme en attestent la hausse de la Bourse, l'amélioration de l'emploi et les sondages. Mais ici, ces forces sont perçues comme une ombre menaçante. »
Pour le New York Times le dilemme se pose à peu près en ces termes : Comment faire le saut dans l'ère de l'Internet tout en restant français ? La crise est une crise d'identité politique et culturelle. Les réformes de marché, la panacée mondiale laissent les Français froids. Un appétit de grandeur, sort de réconciliation de la poésie et de la politique, persiste. Dans le débat qui s'amorce entre les partisans d'un marché global sans entraves et ceux qui estiment qu'il aggrave l'injustice sociale, la France a tendance à s'identifier aux critiques de la mondialisation. De plus en plus, elle associe l'Etat-providence à sa propre identité. »
Certes, la France reste un pays riche, aux infrastructures soignées, où le savoir-vivre et l'art de la table contribuent à donner une impression « d'opulence et de tradition » , Mais son émouvante beauté masque un fonds de désespoir. »
FORTS EN THEME
Ce désespoir, on le trouve d'abord dans les banlieues où « le modèle de l'intégration par l'éducation paraît sérieusement fissuré. » Le malaise est en outre « lié à la rigidité d'un système hautement centralisé. Les superbes technocrates français, qui ont planifié et géré la remarquable reconstruction du pays après la guerre, semblent dépassés par la mondialisation de l'économie, mal préparés à ses défis par une formation étroite. Les syndicats, parés des oripeaux d'un rêve socialiste essoufflé, paraissent souvent tout aussi fossilisés » . Quant à la classe politique française, elle est « largement perçue comme un groupe de forts en thème issus de la même école d'élite qui ont perdu le contact avec la population » ; pour un pays « traditionnellement plus passionné de politique que d'économie » , « l'absence de débat idéologique est particulièrement douloureuse » .
Economiquement, « le sentiment d'avoir perdu ses repères se traduit par la résistance à la nouveauté » : le New York Times s'étonne tout particulièrement de la passivité française face aux bouleversements liés à l'Internet et cite à ce propos deux jeunes entrepreneurs français formés aux Etats-Unis déçus par le négativisme de leurs compatriotes. « Ce que j'ai réalisé aux Etats-Unis, dit l'un d'eux, Denis Payre, c'est qu'une révolution technologique est en marche. Aujourd'hui, je regarde la France, nos grands penseurs conceptuels et nos piètres réalisateurs , nos brillants ingénieurs et nos pauvres marketers, notre culture allergique au risque, qui fait que, quand on a échoué une fois, tout est fini, et je me demande si on n'est pas simplement en train de rater l'avenir.»
Le RMI, estime Roger Cohen, interview de RMiste à l'appui, incite les gens à ne pas travailler. En haut de l'échelle, « l'enrichissement personnel est toujours considéré comme un mesure douteuse du succès.» « La France n'a plus les moyens de l'Etat-providence, mais elle n'est pas disposée à l'abandonner. Elle s'est révélée incapable de créer des emplois quand les Etats-Unis en créaient dix millions. Mais elle n'imagine pas de baisser les cotisations sociales obligatoires qui placent l'embauche à des prix prohibitifs.»
Tandis que « ses problèmes intérieurs s'aggravaient, la politique étrangère de la France s'est faite plus agressive » , en particulier à l'égard des Etats-Unis. « La France est à la croisée des chemins. Intégration dans l'OTAN ou maintien d'un statut français unique ? Véritable réforme de marché ou préservation du modèle centralisé et étatique ? L'Amérique est-elle un allié solide ou le pourvoyeur menaçant d'une culture globale uniformisante ? Une monnaie européenne et un réel engagement à construire les Etats-Unis d'Europe, ou bien les tentations du nationalisme du Front national ? En hésitant entre ces choix, la France s'affaisse. Aller à Londres ou à Berlin aujourd'hui, c'est sentir à quel point Paris est à plat, sans énergie. L'impression de vivre dans un musée est de plus en plus tangible.» Le vrai problème, conclut le grand quotidien américain, « c'est que la spécificité de la France ne rencontre plus d'écho à l'étranger » .
S.K.
Interrogé par le New York Times à l'occasion de l'article consacré à la France, le délégué général du Front national, Bruno Mégret, assure que si son parti veut « renvoyer les Arabes, les Africains et les Asiatiques chez eux, ce n'est pas par haine, mais c'est parce qu'ils souillent notre identité nationale et parce qu'ils prennent nos emplois.» « Lorsque nous serons au pouvoir, poursuit M. Mégret, nous organiserons leur retour. Nous supprimerons le renouvellement de leurs cartes de séjour, et nous obligerons les entreprises à payer une taxe sur les travailleurs étrangers.» « Cela provoquera peut-être la perte de leur emploi,» espère le délégué général du Front national.
Le New York Times estime que de telles déclarations ont un grand impact en France. « Plus d'un tiers des Français avouent partager certaines idées du Front national, » précise le New York Times, pour qui le FN reflète la « frustration d'un pays qui a perdu sa voie. »
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